1859 - Malonne

Malonne 1859

Après avoir renouvelé ses vœux le 14 septembre 1859, le Frère Provincial avertit le Frère Mutien-Marie qu’il quittait l’école Saint Georges à Bruxelles et est envoyé au pensionnat de Malonne pour y seconder le Frère Majorianus titulaire de la 7e.

A Malonne, tous les jours, dimanche et jour de fête compris, les pensionnaires se trouvaient entre les mains des deux mêmes frères qui se relayaient et se partageaient les cours et accompagnaient les élèves du lever au coucher. Chaque classe avait son premier et son second maître. Tout ce petit monde vit en internat où les déplacements d’un local à l’autre sont fréquents, où les surveillances d’un dortoir, d’une tablée au réfectoire, d’une salle de fête ne sont pas pareilles d’un local de classe. Il faut ajouter tous les avatars provoqués par les hivers interminables et froids, le chauffage précaire des locaux, l’éclairage indécis et fumeux des lampes à huile, avec de longs jours de pluies qui obligent le confinement des internes, les dimanches sans visite.

Le nouvel emploi du jeune frère devait lui susciter l’une des plus cruelles épreuves de sa vie. Dans un pensionnat où la discipline la plus stricte était de vigueur, à 18 ans, il est peu expérimenté, et confronté à un maître extrêmement sévère et très exigeant pour ses élèves. Succédant en classe au premier maître, il ne parvient pas à dominer la turbulence des enfants.


Depuis deux ans, le pensionnat avait à sa tête le Frère Maufroy. Ce directeur avait d’incontestables qualités. Il était habile, avisé, dynamique, d’un extérieur attrayant et d’une conversation aimable et spirituelle. Pendant seize ans, il gouverna l’institut, le dota de bâtiments nouveaux et donna aux études une vigoureuse impulsion en veillant à la qualité des maîtres et aux travaux des élèves.

 

A Pâques 1860, le Frère Directeur et son conseil se demandèrent s’il était prudent, d’attacher par des vœux un frère qui paraît être incapable d’être un éducateur de la jeunesse. Un membre du conseil, le Frère Maixentis, professeur de dessin, de musique instrumentale et architecte, se souvenant de ses débuts difficiles à Malonne, demanda, avec insistance, pour que ce jeune frère si pieux, d’une régularité et obéissance exemplaires, s’il pourrait le supplier dans la surveillance de certains cours et aussi dans l’une ou l’autre leçon. Il fut convenu que le Frère Maixentis le prendrait en charge.

En 1860, le Frère Maixentis n’avait que 39 ans. Ses études d’architecte, de musique, sa prestance, ses façons à la fois distinguées, simples et courtoises lui assuraient sur tous une réelle emprise. Son intelligence, son âme d’une haute élévation était d’une sensibilité délicate pour détecter ce qui pouvait avoir de valeur aux yeux de Dieu. Il avait jugé son jeune confrère et avait deviné qu’il pourrait avoir une grande influence sur les enfants et les jeunes gens.

Le changement se fit à la rentrée de Pâques 1860. Elle marquait le commencement d’un professorat humble et dévoué qui ne devrait cesser qu’à sa mort. Durant 57 ans, il fut chargé des cours de musique aux jeunes élèves du pensionnat et de l’école normale. Dès qu’ils atteignaient un certain niveau, le Frère Mutien les amenait au frère Directeur et d’une voix modeste lui avouait: "Ces élèves sont trop avancés pour moi, il me semble juste de les faire monter". Lui seul ne monta jamais. Pendant plus d’un demi-siècle, il enseigna aux débutants: un poste ingrat, sans consolation le laissant dans l’ombre,  œuvrant avec courage et humilité. 

Au cours des années, d’autres fonctions s’ajoutèrent: en plus des leçons de dessin, au pensionnat et à l’école normale jusqu’en 1894, d’harmonium, de piano, de flûte. A la demande de ses supérieurs, le frère Mutien étudia divers instruments tels que la contrebasse, l’orgue, le tuba et le baryton. Il suivit aussi des leçons d’orgue à Namur. Il y mit son bon vouloir mais après quelques mois, son professeur estima qu’il ne parviendrait pas à se faire une réputation d’organiste. En 1871, en l’absence du Frère Maixentis, il était le responsable de l’harmonie. Ces deux expériences lui furent éprouvantes.  

Les supérieurs lui confièrent des surveillances très assujettissantes, à la salle de fête, la chapelle, salle de retenues. On pouvait compter sur sa disponibilité, sa ponctualité et sa régularité.

De 1869 à 1892, il fut sonneur de la communauté. Il se levait avant quatre heures du matin afin d’avoir le temps de procéder à sa toilette et d’arriver à la chapelle où se trouve la cloche de la communauté.

Durant une quinzaine d’années, probablement de 1879 à 1895, il obtint du Frère Directeur, pendant la dernière demi-heure de classe du samedi, d’expliquer le catéchisme, à la plus grande satisfaction des enfants du degré inférieur de l’école du village.

Par obéissance, cet homme qui était doué pour la littérature mais dépourvu de talent pour le dessin et la musique, étudia et enseigna pendant cinquante-sept ans ces deux disciplines. Il faut ajouter que les instruments de musique lui provoquaient des maux de tête qui, à la fin de sa vie, devinrent très violents. Jamais, le Frère Mutien ne se plaignit ou ne chercha à en être déchargé! Personne ne critiqua ce professeur qui, avec des talents ordinaires, obtenait de ses débutants de réels progrès.

Jusqu’à la fin de sa vie, moyennant de petites modifications, le Frère Mutien suivit fidèlement l’horaire qu’il avait reçu à la rentrée scolaire de 1860.

Il s’occupa aussi de la Garde d’Honneur depuis le «21 juin 1889 jusqu’à sa mort. Il était zélateur des confréries du Scapulaire de Notre Dame du Mont Carmel, et du scapulaire bleu, de l’Archiconfrérie de Notre Dame des Victoires, ainsi que de celle de Notre Dame du Perpétuel Secours.

En 1876, au cours d’une cession pour professeur de dessin, organisée par l’Institut Saint Luc de Gand, le Frère Mutien alla prier à Notre Dame d’Oostakker. De retour à Malonne, pour remplacer la stèle enlevée afin d’y construire un bâtiment, il suggéra à la communauté qu’une grotte à Notre Dame de Lourdes soit érigée près de la charmille.

Pendant cette longue vie à Malonne, il ne fut mis en honneur qu’une seule fois. Le 4 janvier 1912, avec cinq de ses confrères, la communauté célébra leur jubilé de cinquante ans de profession religieuse.

Le Frère Mutien se considérait comme le dernier de tous. Mais devant Dieu, de quelle puissance d’intercession ne devait-il pas jouir, et quelle action surnaturelle n’a-t-il pas exercé sur les âmes.

Pour ses confrères, si le pensionnat de Malonne prospère, assurément une part en revient au talent de ses professeurs, mais une grande part doit être attribuée à cet admirable Frère Mutien-Marie, toujours en prière, pour la sauvegarde de l’établissement. C’est le paratonnerre de Malonne! De toutes les fonctions de cet éminent religieux, il n’en n’est pas de plus glorieuse et féconde que celle-là. Le saint de Malonne, tant par sa vertu éclairait aux yeux de tous et se distinguait de son entourage, où brillait certains religieux par leur ferveur.

Le Frère Mutien-Marie a vécu à Malonne sous l’obédience de huit directeurs. En 1873, le Frère Milany succéda au Frère Maufroy, ensuite vinrent le Frère Mémoire de 1876 à 1886, Frère Marien Emile de 1886 à 1889, le Frère Médilbert 1889 – 18995, Frère Marcel 1895 - 1907, Mémoire Achille 1907 – 1913. Le Frère Mélancy Pierre verra mourir le Frère Mutien.

En communauté, ils étaient en 1859, une trentaine de frères. A sa mort on en compte 70.

En 1860, la population scolaire, qui était de 350 élèves, dépassait le millier au début de la (première) guerre.

Sources: d’après le Frère Martiel-André Mertens.