Les voyages du Frère Mutien

 

A notre connaissance, le Frère Mutien fit près de 30 voyages. Autrefois, lorsque les pensionnaires partaient en  vacances, un frère les accompagnait jusqu’à Charleroi, Jodoigne... Le Frère Mutien lui aussi accompagnait les élèves et allait saluer des membres de sa famille.

Lorsque l’harmonie allait à Aix-la-Chapelle, il en était le responsable.

Mais il fit aussi quelques déplacements:

  • le 7 avril 1856, Louis-Joseph quitte Mellet pour se rendre au noviciat de Namur;
  • le 8 septembre 1857, le Frère-Mutien-Marie part pour Chimay;
  •  en 1858, il participe à la retraite à Malonne, puis le 9 septembre, il part à Bruxelles;
  • en septembre 1859, il arrive à Malonne;

Va-t-il aux funérailles en 1860 de son frère François-Joseph, de sa maman le 13 novembre 1862, de son frère Léon le 7 novembre 1886 et de son papa en 1871 ?

  • pendant l’année scolaire 1871-1872, il ira avec l’harmonie à Aix-la-Chapelle;
  • en août 1874, pendant les vacances, il va suivre des cours de perfectionnement en dessin à l’Institut St- Amand à Gand v
  • a jusqu’à Oostakker;
  • il participe à la retraite des 30 jours à Jemappes en 1881;
  • en 1884 et en 1890, il va voter à Mellet et à Gosselies pour les élections communales et provinciales;
  • en 1898, il participe à Mellet aux funérailles de son frère Jean-Joseph;
  • il va aussi en 1900 à Walcourt et en 1902 à Jodoigne pour les funérailles de sa sœur Philomène;
  • le 29 août 1910, il amène son neveu au noviciat à Bockrijck et le 16 septembre y retourne pour la prise d’habit du Frère Mucien-Léon;
  •  le 13 septembre 1913, il lui rend visite à Louvain où il vient de subir une opération;
  • le 2 septembre 1916, il retourne à Mellet pour la messe de Prémices de son neveu Octave, Père Odilon. Voici le récit qu’en fait son compagnon de route le F. Mucien- Léon:

En 1916, le R.P. Odilon (Marius Wiaux), le frère de Gabriel, Franciscain, actuellement missionnaire en Chine, célèbre sa messe de Prémices.

Il voulait célébrer cette première messe au village natal le 27 août. Il y invita son oncle. Mais la retraite se faisait, à cette époque, à Malonne, le Frère Mutien-Marie lui demanda de la retarder d’une semaine. Ce fut donc le dimanche 3 septembre que le R.P. Odilon célébra sa première messe au village.

La retraite avait pris fin le vendredi soir. Après le souper, pendant la récréation nous eûmes un entretien. Je lui demandais (avec l’intention de le rapporter plus tard):

Comment honorer Marie? "Marie aime beaucoup qu’on récite l’Ave Maria avec respect et amour, comme si on La voyait devant soi et qu’on la prie avec humilité, répétant même plusieurs fois priez pour nous pauvres pécheurs. Quand on la prie avec humilité, elle ne sait rien nous refuser."

Le Père Odilon devait venir à Malonne ce soir-là, mais il n’arriva point par suite des difficultés de voyage à cette époque de la guerre. Nous devions partir de Malonne le lendemain samedi vers 12h30 par le tram jusqu’à Namur et de là à Fleurus.

Après le déjeuner, les frères font à Malonne, l’étude du catéchisme. N’étant pas de la communauté, et pour que je ne sois pas froissé de ce qu’il ne s’occupait pas de moi, il vint me dire: "Je dois vous laisser maintenant, car je dois faire mon étude du catéchisme."

Ce jour-là, une indisposition l’incommodait, mais il ne s’en plaignit pas. Je le sus par un autre frère. Le dîner terminé, nous quittâmes le réfectoire pour prendre le tram. Il alla saluer le cher Frère Directeur avant de partir.

Sur le quai, une compagnie de soldats allemands attendait le tram. Après quelques minutes d’attente, un soldat nous parla correctement en français. Le Frère Mutien-Marie me fit cette réflexion: "Nous devons être prudents dans nos paroles! Voyez ce simple soldat sans apparence connait bien le français!" (Certaines personnes, suites aux paroles désobligeantes sur les allemands, étaient condamnées à la prison ou à une amende.)

Vers 2 heures nous sommes montés dans le tram vers Fleurus. Pendant le trajet, le tram étant comble, il récita silencieusement son chapelet. Entre Spy et Fleurus, deux soldats montèrent dans le tram et examinèrent les cartes d’identité. Le Frère Mutien avait oublié la sienne!

"Monsieur, dit le Frère Mutien au soldat, j’ai oublié la mienne!" Le soldat se montra respectueux envers ce religieux et lui dit: "N’ayez pas peur, Monsieur le curé, afin que vous n’ayez pas de difficulté, pour revenir je vous conduirai au Meldeamt à Fleurus, on vous remettra un papier afin que vous soyez tranquille. Si j’étais toujours chargé de la visite de ce tram, ce ne serait point nécessaire de remettre ces papiers. Mais il se pourrait que le jour où vous reviendrez, un autre soldat soit de service et vous fasse des difficultés car on nous change de jour et d’heure pour la visite des trams."

Le Frère Mutien-Marie ne s’émeut aucunement de ce qu’il était pris sans sa carte d’identité.

Il remercie le soldat de sa bonté. Il me dit ainsi qu’à sa famille "Que le soldat avait été respectueux, qu’il s’était montré charitable."

Descendu du tram à Fleurus, nous fumes recueillis par deux soldats qui nous conduisirent à travers quelques rues jusqu’au Meldeamt. Là on fit asseoir mon oncle, on le respecta. On lui demanda son adresse... Le Feldwebel lui donna le conseil d’écrire de suite à Malonne afin qu’on lui envoie sa carte d’identité afin qu’il puisse revenir à Malonne sans difficulté.

Quelques minutes plus tard, la voiture de M Stouf, son cousin, arriva à Fleurus pour nous conduire à Mellet. Octave Wiaux, mon frère, était là aussi.

En cours de route, le Frère Mutien-Marie raconte combien ce soldat s’était montré serviable, poli, respectueux. Il n’avait que des éloges. Ce qui montre sa charité.

Nous arrivons à la maison à Mellet vers 3h30. Quelle joie dans la famille, tout le monde nous attendait.

Le soir, on parlait en famille. J’ai remarqué que mon oncle était très vigilant et réservé, tout en parlant avec ses sœurs.

Après la célébration, pendant le dîner, un de ses petits-neveux, Gabriel Wiaux, fils de ma sœur  Alice, fit une déclamation. Le Frère Mutien-Marie applaudit joyeusement l’enfant d’école gardienne. Il eut un mot aimable pour son petit-neveu.

Il avait l’habitude quand on servait de la bière ou du vin de prendre de l’eau afin sans doute de mettre en pratique, d’une manière inaperçue, le point de règle qui dit de bien tremper son vin En dehors des repas, ce que j’ai observé à Malonne, à Louvain et à la maison, il ne le mélangeait pas, regardant ce verre de vin, non comme une boisson mais comme un dessert.

En famille, il aimait mieux les entretiens du soir que ces dîners où l’on chante. Bien que sa charité fît en sorte de ne rien faire remarquer. Le soir, on parlait de Dieu, de la très Sainte Vierge, de la prière. Chacun disait son petit mot et on était si heureux!

Vers 8h du soir, après le souper, il demandait à aller se reposer. Il faisait alors ses exercices forcément omis. (Il n’a pas dit qu’il faisait alors ses exercices, mais cela ne me fait aucun doute).

Voici un petit fait qui nous a montré sa simplicité et son amour des enfants. Jules, son petit neveu âgé de 2 ans, ayant vu les pieds-nus du Père Odilon, croyait que son grand-oncle était lui aussi pieds-nus. Le Frère Mutien était donc assis, Jules s’approcha, palpa ses souliers, et souleva un peu la robe, pour voir si lui aussi marchait pieds nus. Il se laissa faire aimablement avec un beau sourire, puis lui mit sa calotte sur la tête, ce qui mit la joie dans tous les cœurs.

Il visita M. le Bourgmestre, M Benjamin Stassart, ancien élève de Malonne, qui se fit un honneur de le recevoir comme il faut.

Sa carte d’identité ne lui arriva que le mardi. Ainsi il dut forcément rester un jour de plus que lui permettait sa permission. Dans le tram, de Fleurus à Namur, il récita continuellement son chapelet, les yeux modestement baissés.

A Namur, nous nous arrêtâmes à la Procure où on nous servit à dîner. "Cher Frère Mutien-Marie, comme nous sommes heureux de vous recevoir, c’est la première fois que vous venez à la Procure." On lui servit une omelette, mais il n’en prit que la moitié. Il raconta alors son voyage, la cérémonie et la joie qu’il avait eus dans la visite de sa famille, disant que c’était consolant d’avoir une famille si chrétienne, entièrement unie, où l’on pouvait parler de Dieu.

Il vint ensuite me conduire au tram qui devait me conduire à Saint Trond, tandis qu’il reprenait la route de Malonne.

Petit-Noviciat de Bockrijk le 15 juin 1921

Frère Mutien-Marie (Gabriel Wiaux qui a repris le nom de son oncle)